
Vous êtes nombreux à nous faire parvenir chaque mois
vos témoignages sur votre parcours professionnel.
Hiving a choisi cette semaine de vous faire découvrir le parcours "2 en 1" de
Pauline Delpierre à savoir
chargée de développement au profit d'une association et chargée de mission pour un cabinet de conseil. Deux emplois mais un seul but:
faire avancer les choses!
Hiving :
Quel est votre parcours professionnel?
Pauline Delpierre: J'ai une formation universitaire, un
DEA en géographie de l'environnement. Je cumule aujourd'hui deux emplois :
chargée de développement pour une association et chargée de mission pour un cabinet de conseil. Mon domaine d'activité a totalement changé : aujourd'hui je travaille dans le
domaine du handicap. Mais le lien est pourtant là, car le handicap est une partie du volet sociétal du développement durable.
H. :
Qu’aimez-vous dans la voie que vous avez choisie ?
P.D: Le fait que le moteur ne soit pas l'intérêt de "l'entrepreneur" mais celui de la personne pour laquelle on travaille. Pour l'association comme pour le cabinet de conseil, c'est
l'écoute et le bien être de l'autre qui comptent. Le jeu est complètement renversé, on est pas du tout dans une logique de profit, mais dans une
logique d'accompagnement.
H. :
En quoi consiste votre travail ?
P.D : Pour l'association
Autour des Williams, je travaille dans le but de
faire connaître un syndrome génétique rare, le syndrome de Williams et Beuren, accidentel, qui peut arriver un n'importe qui. Je dois
accueillir les familles au téléphone, leur remonter le moral et leur redonner confiance en l'avenir car en dépit des nombreux problèmes de développement, leur enfant sera doué d'une personnalité extraordinaire, mais les médecins n'en parlent pas forcément.

Je conçois des supports de communication, j’échange avec les partenaires sociaux ou les référents médicaux… Je pilote les
grandes actions de l'association, en direction des médecins et du grand public. Pour le cabinet de conseil, il s'agit d'
accompagner les entreprises, et plus précisément les chargés de mission "handicap" qui sont responsables de la mise en œuvre des politiques d'emploi des personnes handicapées : audit, accord collectifs, plans d'actions, accompagnement...
L'emploi des personnes handicapées est aujourd'hui
une obligation pour les entreprises de plus de 20 salariés. Je réalise chaque jour avec un immense plaisir que les entreprises avec lesquelles nous travaillons sont réellement conscientes des
avantages que cela procure
en terme de synergie, d'enrichissement des rapports sociaux, d'apports de compétences, etc.
H. :
Votre emploi vous plaît-il ? Quels sont les avantages et les inconvénients de votre poste ?
P.D : Mes deux emplois me plaisent énormément, même si
cumuler deux temps partiels n'est pas facile...
On travaille souvent plus, pour un salaire identique (voire inférieur dans de nombreux cas), et pour des niveaux de contrats qui ne sont pas les plus élevés.
Mais peu importe: s'engager dans le handicap, c'est choisir une autre voie que celle qui fait tourner la société depuis trop longtemps.
C'est apprendre à regarder l'autre plutôt que son propre nombril. C'est
se redécouvrir en se rendant utile, en apprenant qu'on peut aider les autres avec de simples mots. C'est se dire que "si un jour ça m'arrive", j'aurais pris les devants, ma vie ne s'écroulera pas d'un coup... . C'est surtout s'enrichir au contact de la différence, et
regarder le monde avec des yeux neufs, rencontrer de belles personnes venues d'univers très différents. La
variété des interlocuteurs que mes deux métiers m'amènent à fréquenter est pour moi une
source de plaisir immense et qui rend
impossible la monotonie dans le travail. Je tiens aussi à préciser que je ne suis
pas personnellement concernée par le handicap, ce qui me donne une
force supplémentaire pour en parler :
mon discours ne relève pas d'un combat mais d'une conviction personnelle.
H. :
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de votre carrière ?
P.D : Ma carrière a été très sinueuse car je suis arrivée dans cette voie après avoir exercé de nombreuses professions, toujours sur le mode "
communication et développement ". Aujourd'hui, j'ai l'impression d'
être enfin dans la voie qui m'amènera quelque part, et ceci pour de nombreuses années. Finalement, ce qui a marqué ma carrière, c'est
la débrouille et le fait de devoir compter sur soi pour trouver du boulot... J'ai été marquée par
l'individualisme et l'égoïsme de la société en général. Aujourd'hui, d'une certaine manière,
je prends une revanche en travaillant justement sur ce qui fait à mes yeux le plus défaut en France : la solidarité sociale.
H. :
Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaiteraient s’engager dans ce domaine ?
P.D: Il faut avoir le moral bien accroché ! Au début, toute la première année de mon travail à l'association, après chaque conversation avec un parent, je m'effondrai en larmes... parce que j'avais dû lui remonter le moral, sans craquer, et essuyer ses larmes par téléphone. En réalité,
j'ai plutôt envie de donner un conseil à ceux qui n'ont jamais pensés à s'engager dans ce domaine… Je m’y suis engagée à une période de ma vie assez compliquée, par choix, par ce que je voulais
relativiser mes propres difficultés. Cela s'est révélé extrêmement efficace : on a en face de soi des personnes vraiment atteintes par la vie, des accidentés dans tous les sens du terme, et qui continuent à se battre, à rire, à faire des projets, à parler de demain et à ne pas baisser les bras.
Je prends chaque jour une leçon de courage. Depuis, je suis bien plus zen sur ce qui m'arrive... Les choses me paraissent moins graves et surtout, je sais profiter d'un rien et être moins exigeante... J'ai beaucoup changé mon mode de vie. J'ai donc envie de conseiller aux
personnes qui sont fatiguées de cette vie moderne - où il faut toujours avoir un nouvel écran plat pour faire plaisir à ses gosses et s'endetter pour se faire accepter par ses amis - d'aller voir du côté de la solidarité... C'est plus enrichissant que n'importe quelle rémunération !
H. :
Où vous voyez-vous dans 5 ans d’un point de vue professionnel ?
P.D : Dans 5 ans, j'ai surtout envie que
les choses aient avancé d'un point de vue social: la scolarité, l'emploi des personnes en situation de handicap par exemple, mais je ne tire pas de plan en ce qui concerne ma carrière. Si je dois vraiment répondre, alors j'espère d'ici 5 ans pouvoir
porter encore plus haut la voix des personnes et des familles en difficulté, ainsi que la complexité de fonctionnement des associations.
H. :
Quel autre métier auriez-vous aimé exercer si vous n’aviez pas choisi cette voie ?
P.D: Un métier dans le domaine de la
bande dessinée ou de l'animation. Cela m'a toujours fascinée ! J'aimerais un jour pouvoir lier les deux grâce à des
supports de sensibilisation sur le handicap, à destination de divers publics. Je serais très intéressée par exemple par la réalisation d'un support BD pour l'association
Autour des Williams.
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